750 grammes
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Publié par LeCoureurdeVin

Mercredi 26 septembre on part courir vers le Portugal chez Lavinia qui organise une soirée Portos & Chocolats. Une excellente occasion de se familiariser avec ces vins mutés, si prisés des Anglais.

Ne me quinta pas, je t'inventerai des mots insensés en portugais

On est ravi de s’initier à la culture du VRAI Porto, avec 8 maisons renommées. Un effort de présentation particulier a été fait. Chaque Porto est associé à un chocolat spécifiquement sélectionné. Les artisans chocolatiers nous excuserons de ne pas nous être focalisé sur leur production car nous étions là avant tout pour percer le mystère du vin de Porto.

Les Français n’y comprennent rien au Porto

Selon les dires d'un de nos interlocuteurs, la France est le premier marché du Porto en terme de volume. Mais il est chez nous servi comme un apéritif quelconque et on y trouve surtout des Portos bas-de-gamme vendus en grande distribution. Il n’y a pas en France une vraie culture du Porto qui est un vin à part entière, traditionnellement servi en fin de repas comme pourrait l’être un Cognac ou un Armagnac. Le Porto reste chez nous l’apéritif que mamie a dans son placard, plaisant car sucré, mais de médiocre qualité et qui s’oxyde tranquillement dans sa bouteille depuis des mois.

Deux sortes de Portos : les Ruby et les Tawny

  • Les Ruby sont élevés en très grands foudres et sont donc moins en contact avec le bois et l’air. Ce sont généralement des vins plus simples et plus sur le fruit. Ils sont commercialisés jeunes ou alors après 4 à 6 ans de vieillissement, ce qui en fait des LBV (Latte Bottle Vintage). Ils peuvent être « Single Quinta », une « quinta » étant l’équivalent d’un domaine. Comme pour le vin, on peut effectivement assembler des jus provenant de zones géographiques différentes au sein de la région d’appellation, le Douro. Si les grandes maisons travaillent essentiellement avec les raisins de leur propres quintas, ils peuvent aussi acheter du raisin d’autres producteurs, comme le fait le négoce bourguignon par exemple.
  • Les Tawny sont des Portos plus complexes car leur vieillissement s’est fait en fûts, comme pour des vins classiques. L’apport du bois et de l’air leur donne une complexité supplémentaire. Ils vieillissent en général plus longtemps, les indications Reserve, 10 ans, 20 ans, 30 ans, ou 40 ans précisant ce vieillissement. Cette durée correspond à une moyenne, car on peut assembler des jus de 60 ans et des vins de 20 ans. On trouve également des Vintage, c’est à dire des Portos fait avec le jus d’une seule année, plutôt réservé aux meilleurs millésimes.
Le magnifique Single Harvest 1969 de chez Graham's

Le magnifique Single Harvest 1969 de chez Graham's

La première table visitée est celle de Graham’s où l’on se fait initier par Camille, aux yeux bleus perçants, qui travaille pour le groupe Baron Philippe de Rothschild, distributeur de Graham. On y goûte trois Portos qui permettent de se sensibiliser à la hiérarchie.

  • Le Six Grapes est un Ruby d’entrée de gamme dont on peut apprécier la chahuteuse jeunesse. Robe rouge sombre, assez simple, sur des arômes de cerise, il présente une bouche riche, assez massive.
  • Le Vintage 98 provient de la seule Quinta Dos Malvedos. Le nez est tout de suite plus subtil, ajoutant des notes de chocolat à la cerise. La bouche est également plus veloutée.
  • Viens ensuite le Tawny Single Harvest 1969. On ne le sait pas encore mais ça sera notre vin préféré de la soirée. La robe est très claire, ambrée. Le nez, subtil, est sur des notes d’écorces confites avec une touche florale. La bouche est fine, soyeuse, avec des notes de caramel. L’alcool se diffuse doucement et monte en puissance vers la fin de bouche. C’est long. Tout simplement un très beau vin. On comprend mieux avec le prix (330 Euros).
Luis Carneiro de chez Taylor's nous menace d'une pince traditionnelle qui,une fois chauffée, permet d'ouvrir la bouteille de Porto par choc thermique

Luis Carneiro de chez Taylor's nous menace d'une pince traditionnelle qui,une fois chauffée, permet d'ouvrir la bouteille de Porto par choc thermique

On passe ensuite chez Taylor’s, peut-être la plus célèbre maison familiale, où Luis Carneiro, le responsable export Europe, nous parle très bien des vins de la maison.

  • Le Lattle Bottled Vintage 2008 est assez simple, avec une bouche riche, massive. Il faut avouer qu’on a du mal à s’habituer aux 20° d’alcool de ces vins qui comportent souvent pas mal de volatiles au nez. C’est plus frappant sur les Portos jeunes qui sont plus directs et ne bénéficient pas de la patine d’un long élevage.
  • Le Tawny 20 ans permet de retrouver ces notes d’orange qu’on apprécie. La bouche est plus fine, plus douce, très plaisante.
  • Tandis qu’on goûte le Tawny 40 ans, M. Carneiro nous explique que c’est entre 10 et 20 ans d’élevage que les Portos connaissent l’évolution la plus significative, et gagnent cette noblesse et cette subtilité. On retrouve ces arômes d’orange et de caramel sur une bouche précieuse et subtile. Un digestif très fin qui s’apprécie pour lui-même. Là aussi, malheureusement, cette bouteille n’est pas pour tout le monde (313 Euros).

On remarque évidemment le très beau flacon exposé dans sa précieuse cassette de bois noble sur la table. M. Carneiro nous explique que ce Scion provient de deux barriques de vin datant de 1855 qu’une famille de vigneron a fini par vendre à Taylor. Ils n’ont fait que 1400 bouteilles de ce vin issu de vignes préphylloxériques.

On préfère ne pas vous donner le prix de ce breuvage réservé à des amateurs richissimes. M. Carneiro nous explique tout de même que la maison a préféré rester raisonnable sur le prix dans l’espoir que ces bouteilles soient bues et pas seulement exposées comme des trophées. Mais qu’est-ce que la raison quand on pénètre dans le royaume de la déraison ?

Le Scion et son prix à vous scier

Le Scion et son prix à vous scier

Chez Quinta do Noval, le « Domaine du Corbeau », une petite maison en taille qui ne commercialise que les vins de sa quinta, soit 140 hectares de vigne. Le très énergique responsable commercial Paris de la Compagnie Médocaine des Grands Crus, qui distribue les vins des domaines appartenant à Axa Millésimes, nous présente les vins.

  • Le Black nous fait tout de suite l’impression d’un de ces produits relookés pour toucher une cible plus jeune, ce qui est le cas. Il est donc riche, assez massif, fidèle au côté turbulent de la jeunesse.
  • On goûte ensuite un Tawny 5 ans un peu dans le même style, avec pas mal d’alcool.
  • Le Tawny 40 ans nous séduit plus. Sans doute parce qu’on retrouve ces notes apaisées d’orange et une puissance plus réservée, mais qui se développe en longueur sur la fin de bouche.
Ne me quinta pas, je t'inventerai des mots insensés en portugais
Ne me quinta pas, je t'inventerai des mots insensés en portugais

On passe ensuite chez Niepoort, maison familiale qui appartient à des Néerlandais depuis 5 générations. C’est le très décontracté Maxime Darsonval qui nous présente les vins. Il travaille pour Taittinger qui les distribue en France, ce qui nous laisse penser qu’il y a pas mal de liens entre la Champagne et le Douro puisque Taylor est lui distribué par Bollinger. A défaut d’être un spécialiste du Porto, Maxime apporte beaucoup de malice à la dégustation de ses vins.

  • Le Tawny vieillit 4 ans en fût est assez simple mais doux, moins sur l’alcool que dans d’autres maisons. On sent une note poivrée en milieu de bouche et on apprécie globalement ce Porto d’entrée de gamme assez retenu.
  • Le Colheita 1999 a passé 7 ans en fût. Le nez est assez fin mais la bouche plus sur la puissance, assez sucreuse, un peu chargée.
  • Le Vintage 2007 permet encore une fois un saut qualitatif avec un nez « noir », massif, puissant, mais sans trop d’alcool. Une sorte de puissance contenue. La bouche est ronde, soyeuse, dense.
  • Le 2003 est du même acabit mais un peu plus alcooleuse.
Le Porto, comme tout vin, provoque des conversations animées, ici entre Maxime Darsonval et une diplomate brésilienne

Le Porto, comme tout vin, provoque des conversations animées, ici entre Maxime Darsonval et une diplomate brésilienne

On passe in extremis à la table de Ramos Pinto où l’on goûte 2 vins.

  • Le Vintage 2011 présente un nez fin et réservé. La bouche est plus ronde, douce, avec des notes fumées.
  • Le Tawny 20 ans est lui aussi assez fin au nez, avec des notes orangées qu’on a appris à apprécier. La bouche est fine, douce, très plaisante. Ce sont deux beaux vins, déjà très qualitatifs dans leur catégorie et (relativement) accessibles à 59 et 67 Euros.

On en profite pour discuter avec Jorge Rosas, qui ne présente pas les vins, mais se tient en embuscade. La quarantaine élégante, il parle dans un français parfait de la maison Ramos Pinto, gérée familialement, mais qui appartient désormais à 100% au groupe Roederer dirigé par les Rouzaud (Tiens, encore la Champagne).

Ils possèdent 250 hectares de vigne dans la vallée du Haut Douro et font à la fois du Porto et du vin classique. Jorge est la quatrième génération et semble ravi du travail que sa famille continue d’effectuer avec les Rouzaud qui comprennent les logiques qualitatives d’une entreprise familiale et dont le père, Jean-Claude, est diplômé d’oenologie. Ca cadre bien avec les descendants de Ramos-Pinto qui est connu dans la région comme un domaine leader en viti-viniculture, sachant que le vin de qualité se fait avant tout dans la vigne. Manifestement, les cultures d’entreprises n’ont pas été difficiles à marier.

Jorge Rosas (Ramos Pinto) et Luis Carneiros (Taylor's) peuvent enfin souffler en fin de soirée

Jorge Rosas (Ramos Pinto) et Luis Carneiros (Taylor's) peuvent enfin souffler en fin de soirée

On quitte Lavinia satisfait d’avoir défriché ce territoire des Portos. On tâchera désormais de les boire différemment. On s’est sérieusement éloigné ce soir là du Porto éventé de chez mamie. On a surtout pu apprécier cette culture vinicole de la région qui permet de donner des vins mutés fins et assez subtils, même si, évidemment, ça n’est pas tous les jours que l’on va ouvrir une bouteille de Single Harvest 1969.

Sans aller se ruiner dans l’excellence, on trouve de très bons Portos dans une fourchette comprise entre 40 et 80 Euros, comme le Tawny 20 ans de Ramos Pinto. Oui, je sais, ça n’est pas donné non plus, mais c’est le prix de la complexité.

On retrouve à la sortie notre camarade blogueuse de chez WineBubble qui a été plus exhaustive que nous. Elle repart avec deux Colheita 2001 & 2002 de chez Burmester que nous n’avons pas goûtés et qui l'ont séduite (38 et 40 Euros). On ne peut que vous inviter à aller jeter un œil à son propre compte-rendu de la soirée (coming soon), ses commentaires de dégustation étant assez précis.

Elle part le lendemain courir les vins suisses.

On ne sait pas encore quelle sera notre prochaine destination, mais on vous tiens au courant…

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