750 grammes
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Publié par LeCoureurdeVin

Après le renouveau des crus du Beaujolais, suite de notre périple printanier avec la visite de deux domaines familiaux de Bourgogne, Antonin Guyon à Savigny-les-Beaune et Jean Durup Père & Fils à Chablis.

La Bourgogne a le vente en poupe. Si la région n'a pas toujours connu le succès commercial qui est le sien aujourd'hui, elle semble vivre une période glorieuse, le monde entier s'arrachant ses vins, qu'elle produit malheureusement en trop faible quantité. Le vignoble bourguignon est réputé pour ses domaines familiaux de petites tailles où l'on produit parfois des chefs-d'oeuvre vinicoles. Deux d'entre eux font partie du Club Vignobles & Signatures. Ils sont familiaux, mais pas si petits.

Les Guyon de Savigny-les-Beaune

Le Domaine Antonin Guyon possède 48 hectares répartis dans différentes appellations de la Côte d'Or. La moitié environ sont situés dans les hautes-Côtes de Nuits où Dominique Guyon, l'actuel dirigeant du domaine, a patiemment réuni 300 parcelles qui appartenaient à 80 propriétaires différents dans les années 70. Ce travail de fourmi permet au domaine de commercialiser aujourd'hui d'importantes quantité de cette appellation sous-estimée de Bourgogne. Le reste du domaine est constitué d'une vingtaine d'appelations qu'Antonin Guyon avait patiemment réunie.

 

Non, regarde pas le doigt, regarde les vignes !

Non, regarde pas le doigt, regarde les vignes !

On retrouve avec plaisir la charmante Hombeline Guyon pour la visite. Dominique dirige le domaine avec son maître de chai Vincent Nicot et les conseils du célèbre mais discret oenologue de la région, Kyriakos Kynigopoulos. Hombeline, sa fille unique, vient de le rejoindre au domaine. On avait fait sa connaissance lors d'une manifestation de l'association des Climats de Bourgogne pour laquelle elle s'est un temps occupé de communication. Toujours aussi enthousiaste et énergique, elle se souvient avec émotion de la fameuse Marche des Climats qui avait réuni toute la région pour une promenade crépusculaire dans les vignes illuminées aux flambeaux en avril 2011.

 

La très souriante Hombeline Guyon, une fille dans le vent

La très souriante Hombeline Guyon, une fille dans le vent

Pour faire de beaux vins, il faut de beaux raisins. Mais tout le monde ne l'a pas encore compris.

Dominique Guyon

Après un repérage de quelques climats de la colline de Corton, on a le droit à une visite des installations techniques et à quelques considérations sur les méthodes du domaine qui compte être certifié bio en 2017. Dominique Guyon, toujours très chic, et un peu raide, nous explique sa vision du métier. Les vins sont vinifiés en cuves bois avec un contrôle des températures. On discute des vertues comparés des remontages, délestages et autres pigeages, le domaine veillant à effectuer une extraction douce des tanins pour que ceux-ci restent ronds (parce que les tanins carrés c'est moins bon).

Le très strict Dominique Guyon, un garçon dans la lumière

Le très strict Dominique Guyon, un garçon dans la lumière

Un excellent Savigny-les-Beaune pour seulement 22 Euros au domaine

Un excellent Savigny-les-Beaune pour seulement 22 Euros au domaine

On vous aiguillonera plutôt vers les rouges

On passe ensuite à une dégustation assez exhaustives des vins du domaine en cave. Le Savigny-les-Beaune Les Goudelettes 2012 est un excellent vin d'appellation communale. Au nez il développe des arômes fruités sur la cerise. La bouche est caressante et suave. C'est un très bon rapport qualité/prix à 22€ domaine. On monte d'un cran avec le Chambolle-Musigny Clos du Village 2012 plus volumineux, plus dense, qui développe de beaux arômes de cerise noire légèrement épicée.

Mais ce sont les 2 Cortons qui dominent la cave. Le Bressandes 2010 est très droit, avec une belle allonge finale. Le Clos du Roi 2010 est plus élégant. La bouche est ferme mais très fine. Deux beaux vins de garde qu'on trouve au domaine pour une soixantaine d'Euros. Les blancs convainquent moins, sans doute parce qu'on est pas très porté sur leur style riche et boisé. Reste que, globalement, ce qu'on a goûté était de bonne tenue et que, une fois n'est pas coutume en Bourgogne, les volumes produits par le domaine permettent de s'approvisionner plus facilement que chez d'autres.

 

Recueillement en cave avec Julien Révillon (Domaine Dominique Piron), Hombeline Guyon et Jean-Roger Groult (Calvados Roger Groult)

Recueillement en cave avec Julien Révillon (Domaine Dominique Piron), Hombeline Guyon et Jean-Roger Groult (Calvados Roger Groult)

Suivons le guide Jean-Paul Durup dans les vignes de Chablis

Suivons le guide Jean-Paul Durup dans les vignes de Chablis

On rejoint ensuite le chablisien pour rencontrer Jean-Paul Durup au Château de Maligny, juste à côté de Chablis. Il est accompagné de son jeune oenologue/directeur technique, Romain Menissier, qui est entré au domaine Jean Durup Père & Fils en août 2011, après un Diplôme National d'Oenologue à Reims. Jean-Paul Durup (prononcer Duru) est un personnage singulier. A la fois chaleureux et très en contrôle, avec une voix de nez, passionné d'histoire, il présente le domaine avec une certaine jubilation. Il faut dire que quand son père, Jean Durup, l'a repris en 1968 le domaine ne faisait que 2 hectares. Il est désormais 100 fois plus grand, ce qui en fait le plus grand domaine indépendant de Bourgogne. Le père a méticuleusement accumulé les parcelles dans les années 70 et 80, à une époque où elles ne valaient pas grand-chose, voir rien. Et il a eu du nez car il les a bien choisies. Mais il a fallu beaucoup travailler car nombreuses étaient en friche et tout était à faire. Quarante ans après le résultat est là. Le travail paie.

 

Jean-Paul Durup sur ses terres (à droite) avec l'oenologue de la maison, Romain Menissier

Jean-Paul Durup sur ses terres (à droite) avec l'oenologue de la maison, Romain Menissier

La guerre des pratiques viticoles

Jean-Paul Durup, désormais grand propriétaire terrien, nous fait faire le tour de ses terres en 4x4 avec fierté. Mais notre sentiment est mitigé. Tout comme ce petit "sapin magique" suspendu au rétroviseur de la voiture de Romain Menissier sent exagérément la pomme, les vignes visitées sentent beaucoup la chimie.

On comprend que les vignes de Chablis, situées au nord de la Bourgogne, sont sensibles au gel et aux maladies cryptogamiques (oïdium, mildiou), ce qui impose une vigilance maximale et le recours à de nombreux stratagèmes, comme ce système de protection contre le gel par aspersion dans certaines parcelles. Mais on constate désapointé que les sols des parcelles visitées sont systématiquement durs et désherbés chimiquement. C'est particulièrement frappant dans la parcelle de Vau de Vey visitée, extrêmement pentue, où le domaine a du creuser des rigoles horizontales pour éviter l'érosion. La vigne voisine n'en a certainement pas besoin car elle est enherbée et son sol est meuble, ce qui doit lui éviter le ravinement. Le contraste est saisissant.

On touche là un des grands débats qui animent le vignoble dans son ensemble, chacun ayant ses idées sur la façon dont doivent être travaillées les vignes. On se doute bien que quand on a 200 hectares, et qu'on veut être compétitif sur les volumes et sur les prix, les enjeux ne sont pas les mêmes que pour un petit domaine qui peut cibler une clientèle de niche haut-de-gamme. Mais on est quand même étonné de l'absolue imperméabilité de nos interlocuteurs aux perches qu'on leur tend sur la culture de la vigne et les possibilités de faire différemment, sans nécessairement tour révolutionner d'un coup. Le bio chez Durup, manifestement, c'est pas pour tout de suite.

Si The Police avait fait une chanson au Vau de Vey ça aurait pu être "Climbing on the moon"

Si The Police avait fait une chanson au Vau de Vey ça aurait pu être "Climbing on the moon"

Un petit Chablis pas si petit

Reste qu'on goûte les vins sans se focaliser sur les pratiques viticoles, ce qui nous permet d'être très agréablement surpris. Car l'enjeu d'un domaine de taille conséquente comme Durup c'est de faire des vins de qualité en grande quantité et à prix serrés. Et à ce jeu là le Petit Chablis 2014 s'avère parfait. Le nez est ouvert, floral, citronné. En bouche le vin présente un beau volume et tapisse sans excès, avec un côté citronné plaisant. Le Domaine Durup en produit plus de 100.000 bouteilles par an et à 8,5 Euros au domaine c'est une affaire. Le Chablis l'Englantière est également très bien fait. Très citronné au nez, il présente un beau gras en bouche avec une finale saline. Là encore pour 11,5 Euros c'est un très bon rapport qualité/prix. Ca n'est certainement pas la quintessence de l'artisanat viticole Bourguignon, mais ça permet de faire de bons vins, faciles d'acccès, dans des volumes qui permettent d'être présent dans de nombreux pays.

 

Une belle gamme de 1er crus mais c'est le Petit Chablis qui nous a bluffé

Une belle gamme de 1er crus mais c'est le Petit Chablis qui nous a bluffé

On goûte quasiment toute la gamme commercialisée par le domaine en direct (ils font aussi du vin sous d'autres marques pour la grande distribution). Sans être exhaustif on retient le Premier Cru Montée de Tonnerre 2014 qui est très fin. Encore réservé, il offre une expression saline et subtile du cru. L'Homme Mort et Vau de Vey s'expriment dans le même registre tandis que d'autres crus, comme Fourchaume, sont beaucoup plus dans la richesse et le gras.

Globalement, le défi du rapport qualité/prix est tenu avec des premiers crus à 15/16 Euros au domaine. Si les puristes resteront sceptiques devant le côté industriel de ce domaine familial, on se dit qu'à 8,5 Euros le Petit Chablis de Durup est définitivement une bonne affaire. Même si, évidemment, on ne le conseille pas aux amateurs de la biodynamie. Après tout, il faut de tout pour faire un monde !

On laisse chacun se faire son idée et on se retrouve très bientôt à Pouilly-Fumé pour une visite du Château de Tracy.

Domaine Antonin Guyon, 2 rue de Chorey, 21420 Savigny-les-Beaune
Tél : 03 80 67 13 24 Mail : domaine@guyon-bourgogne.com

Domaine Jean Durup Père & Fils, 4 Grande Rue, 89000 Maligny

Tél : 03 86 47 44 49 Mail : http://durup-chablis.com/Contact/

Pendant toute le dîner le Duc de Guise a tenté de nous intimider "Si tu écrits des conneries sur Jean-Paul Durup ça va mal finir pour toi"

Pendant toute le dîner le Duc de Guise a tenté de nous intimider "Si tu écrits des conneries sur Jean-Paul Durup ça va mal finir pour toi"

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