750 grammes
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Publié par LeCoureurdeVin

En alternance avec les Grands Jours de Bourgogne qui réunit les professionnels du vins tous les 2 ans, quatre villages de la Côte de Nuits se regroupent les années impaires pour faire goûter le millésime qui va être mis sur le marché. L'occasion de goûter nombre de 2013 et de se faire une idée générale sur les vins qui s'en sortent bien malgré une saison difficile. Explications, commentaires,  sélection.

 

Côte de Nuits : un millésime 13 éprouvant

C'est au Château du Clos de Vougeot que les villages de Vosne-Romanée, Chambolle-Musigny, Vougeot et Morey-Saint-Denis nous avaient donné rendez-vous lundi 16 mars. Beaucoup de professionnels étaient là dès l'ouverture et le gratin des "Burgundy geeks" était réuni. Si des vignerons des 4 villages étaient présents, on sent que Vosne est leader sur cette manifestation et la plupart des vignerons de l'appellation jouent collectif, y compris des domaines importants comme Meo-Camuzet dont la réputation n'est plus à faire. Sur Chambolle les absents étaient plus nombreux et c'est dommage. Il y avait de toute façon de quoi faire avec 71 domaines représentés.

2013, un millésime de combat

On a pu goûter une grande varitété de 2013 tout au long de la journée. On n'avait pas d'attente particulière car, sans avoir suivi dans le détail la saison viticole, plus d'inquiétude que de satisfaction était parvenue à nos oreilles. Et ce fut une très agréable surprise de découvrir ces vins. Bon, on ne va pas vous la jouer à la bordelaise non plus, ça n'est clairement pas le millésime du siècle. 

La saison a été très compliquée. Ni le printemps ni l'été 2013 n'ont été particulièrement excitants. La pluie a gâché les ponts de mai et juin n'a pas été beaucoup plus brillant, ce qui a perturbé la fleur. Mais ça a finalement été bénéfique, car coulure et millerandage ont limité la production qui ne serait jamais arrivée à maturité si elle avait été pléthorique. Si la vigne a profité du soleil en juillet, le reste de l'été n'a été guère brillant. Les vignerons ont du attendre fin septembre début octobre pour récolter en slalomant entre la pluie. Ils ont du faire de savants calculs pour arbitrer entre maturité phénolique et attaques de Botrytis. Le résultat c'est qu'il fallait trier. Les plus scrupuleux n'ont pas hésité à éliminer 30% des raisins récoltés, voir 60% en appelation régionale (Bourgogne, Haute-Côte) comme nous le disait Thibault Liger-Belair.

Trilogie c'est l'occasion pour les vignerons de se prêter aux facéties des acheteurs, distributeurs et journalistes (ici Jacky Rigaud, le barde des Climats, Sylvie Deroire, journaliste, et Thibault Liger-Belair, catcheur nuiton)

Trilogie c'est l'occasion pour les vignerons de se prêter aux facéties des acheteurs, distributeurs et journalistes (ici Jacky Rigaud, le barde des Climats, Sylvie Deroire, journaliste, et Thibault Liger-Belair, catcheur nuiton)

And the winners are...

Au final, la Côte de Nuits s'en sort bien, mais évidemment, à ce jeu du chat et de la souris avec le vert et le pourri, certains s'en sont mieux tirés que d'autres. Et là, on aimerait vous faire des révélations fracassantes, mais les meilleurs restent les meilleurs. Et vu qu'on ne peut pas tout gouter en quelques heures, c'est souvent ceux-là qu'on va voir en priorité. 

Des femmes...

Ca ne surprendra par exemple personne qu'Anne Gros ait réussi ses vins en 2013. On aime bien cette vigneronne qu'on sent passionée et méticuleuse. Si Anne n'est pas du genre à vous sauter au cou et ne vous enjolera pas de sa faconde, sa réserve et son sérieux sont le meilleur gage de sa dédication au travail. Et dès son Bourgogne on sent qu'elle travaille bien, qu'il y a du fond, avec des jolis arômes de fruit, sur la fraise notamment. On a également goûté son trop rare Vosne village, issu de vignes très anciennes et peu productives, qui est un modèle de fruit, de tension et d'équilibre. Si quelqu'un a d'autres parcelles de Vosne à confier à Anne Gros, elle est preneuse. Et nous on prendra les bouteilles.

Certains seraient prêts à aller derrière les barreaux pour en avoir

Certains seraient prêts à aller derrière les barreaux pour en avoir

On ne surprendra personne non plus en disant que Cécile Tremblay a réussi ses vins. Là aussi on retrouve de la structure et du fond dès l'entrée de gamme avec un Bourgogne plus tendu que chez Anne Gros. Son Vosne était un peu réduit au nez, ce qui n'était pas un cas unique car les vins viennent souvent d'être embouteillés, soutirés ou de finir leur "malo", et peuvent se montrer contrariés. La bouche du Vosne était dense, équilibrée, profonde. On a également dégusté son trop rare Chambolle Premier Cru Feusselotes, une vigne qu'elle affectionne, qui offrait beaucoup de profondeur au nez et de tension en bouche, avec cette finale un peu séchante, comme "pierreuse", qu'on a retrouvé dans certains vins.

Cette sensation peut être circonstancielle, à cause de teneurs importantes en gaz carbonique avant la mise. Régis Forey, un autre vigneron de Vosne, nous a expliqué qu'il utilise désormais le minimum de souffre, ce qui le contraint à adjoindre plus de gaz carbonique avant de mettre en bouteille. Du coup, lors des premières semaines en bouteille, ou d'une dégustation comme celle-là sur des vins pas stabilisés, un niveau élevé de CO2 peut renforcer les sensations acides, amères ou astringentes. C'est bon à savoir !

Magnifique mur devant lequel Cécile Tremblay s'active, trop vite pour la cellule photo d'un Iphone

Magnifique mur devant lequel Cécile Tremblay s'active, trop vite pour la cellule photo d'un Iphone

Des hommes...

On a également pu apprécier les vins de Thibault Liger-Belair qui racontait avoir fait un tri drastique. Son Vosne Aux Réas s'exprime dans un registre fin, tendu, marqué petits fruits rouges, assez typique du millésime. Mais son Chambolle Premier Cru Gruenchers offre un supplément de matière très net, avec un fruité plus noir, plus mûre que groseille, et une bouche plus dense. Ses Grands Crus, Clos de Vougeot et Richebourg, sont très réussis et sans concession, avec un volume impressionant pour le millésime dans le Richebourg.

On a beaucoup aimé les deux vins présentés par Jean-Yves Bizot, vigneron qu'on apprécie, sorte d'intello du vin qui a une approche quasi-artistique de son métier. Mais un artiste qui a les pieds sur terre et ne brade jamais sa production, périphrase qui consiste à dire que tout est cher chez lui, sujet dont on ne cesse de débattre (car si on prend Lalou Bize-Leroy ou le DRC comme référence, finalement, il n'est pas si cher).

Thomas Berry au service tandis que Jean-Yves Bizot fait un peu de stretching (car la vigne n'est pas l'amie du dos)

Thomas Berry au service tandis que Jean-Yves Bizot fait un peu de stretching (car la vigne n'est pas l'amie du dos)

Le Vosne communal de Jean-Yves Bizot (il préfère, par exactitude, qu'on dise "communal" plutôt que "village") est extrêmement fin avec un fruité précis sur des arômes dominants de framboise. La bouche est très soyeuse, avec une bonne longueur. Dans le registre de la finesse et de l'élégance, c'est parfait. L'Echezeaux est plus dense et présente plus d'onctuosité en bouche. Plus gourmand, il séduira sans doute plus facilement, même si on lui a presque préféré cette sorte d'hyper-précision du Vosne-Romanée qu'on vous invite très vivement à goûter.

Au registre des découvertes, Maxime Cheurlin du domaine Georges Noëllat n'en est presque plus une tant le garçon s'est rapidement fait remarquer depuis sa première vinification en 2010. Il faut dire qu'il jouit d'un très beau patrimoine de vignes et qu'il fait preuve d'un sens quasi-inné du vin. Si on est toujours inquiet que certains le qualifient de "Mozart de Vosne-Romanée" après seulement 4 millésimes, il est limpide qu'il a parfaitement réussi son entrée dans le grand bain de la viticulture. On espère juste qu'il restera serein et continuera à chercher à progresser, malgré le concert de louanges sous lequel bien des égos de 23 ans se sont retrouvés engloutis. On retrouve dans ses vins la tension du millésime, mais il nous semble excellent à les habiller intelligement, réussissant un judicieux équilibre entre la vivacité de 2013 et un habillage boisé qui leur va comme un vêtement bien coupé. Le Vosne Premier Cru Beaumonts en particulier présentait un bel enrobage et un touché de bouche très suave.

Qu'est-ce qui ressemble le plus à un Philippe Charlopin ? Un Yann Charlopin !

Qu'est-ce qui ressemble le plus à un Philippe Charlopin ? Un Yann Charlopin !

On a également pas mal discuté avec Yann Charlopin, le fils du fameux "Toutoune", dont la filiation génétique n'échapera à personne. Comme son père, le garçon a de la répartie et vous scrute d'un regard méfiant, se demandant si vous le draguez à lui poser autant de questions. Mais son plaisir est évident quand il s'agit de parler fabrication du vin, sorte de cuisine dont il faut savoir doser les ingrédients. Chez les Charlopin les vendanges se sont étalées sur 3 semaines et le travail est assez classique : macérations à froid, levures indigènes, pas de soutirage en fûts "car on n'est pas des bordelais". Ça donne des vins assez typiques de leurs appelations, avec de la finesse sur Vosne et Chambolle et plus de structure sur Morey. Rayon Grands Crus le Clos de Vougeot est apparu équilibré et le Bonnes-Mares, sur des notes de cerise voluptueuse, était très pur en bouche.

En 2013 il ne fallait pas aller trop loin dans le raisin car les pépins étaient moins mûrs

Yann Charlopin

Deux domaines de Chambolle-Musigny encore accessibles 

Si les vignerons les plus connus de Chambolle n'avaient pas fait le déplacement, c'était l'occasion de rencontrer ceux qui travaillent bien sans bénéficier de la même notoriété, ce qui permet à leurs vins d'éviter les phénomènes de spéculation frénétique. Le domaine Amiot-Servelle par exemple. Christian Amiot travaille avec sa fille Prune depuis 2010. Si les vins avaient la réputation d'être charpentés auparavant, la nouvelle génération a sans doute apporté une touche de finesse, même si les vins restents stricts et fermes avec beaucoup de tension. Belle sélection de premiers crus sur Chambolle. On pense qu'il faudra les attendre.

Côte de Nuits : un millésime 13 éprouvant

Mais notre révélation c'est le domaine Anne et Hervé Sigaut dont les 2012 nous avaient déjà frappés au Grands Jours. Avant c'était Hervé qui vinifiait et il a peu à peu laisser sa place à son épouse Anne, discrète, presque effacée, mais qui a fait évoluer le domaine. Comme elle travaillait aux vignes avant, elle est restée viticultrice avant d'être vinificatrice et un gros travail de vendange en vert a été réalisé pour ne quasiment plus avoir de tri à faire à la réception de la vendange. Tous les vins sont très pleins, avec une belle densité, beaucoup de rondeur, et on ne ressent presque pas ici le côté tendu, parfois sec comme un coup de fouet, du millésime. Le domaine possède un très beau patrimoine de vignes sur Chambolle avec trois cuvées en village et cinq premiers crus. Le domaine Sigaut fait clairement parti pour nous de ces domaines où le travail paie sans pour autant que le tralala médiatique et la demande mondiale ne se soient occupés de rendre les vins inaccessibles. Avis aux amateurs !

On dirait Harry Potter mais il est beaucoup plus grand (et plus drôle). C'est Jérémy Seysses de Dujac.

On dirait Harry Potter mais il est beaucoup plus grand (et plus drôle). C'est Jérémy Seysses de Dujac.

On ne peut malheureusement pas parler de tout le monde. Donc on ne fera pas de publicité aux domaines de Morey-Saint-Denis comme celui de Christophe Perrot-Minot, dont la qualité du travail est désormais bien reconnue, même si certains pensent encore qu'il fait les mêmes vins massifs qu'au début des années 2000, ou le fameux Domaine Dujac qui nous aura permis de discuter porte-greffe (alors, le 161-49, bon ou pas bon ?) avec le chef de culture Lilian Robin et de constater que la facétie de Jérémy Seysses est inversement proportionnel à la rectitude du Clos de la Roche. On ne fera pas non plus de mauvaise publicité aux rares qui nous ont moins convaincus, soit par leurs vins soit par leur accueil. Il y avait pourtant quelques anecdotes à raconter, comme ce stand où on se demande encore si nos deux interlocuteurs, dont le fils du patron, travaillent vraiment au domaine tant ils avaient l'air à l'ouest.

On a fait marcher Christophe Perrot-Minot en lui disant que son Chambolle Combe d'Orveau sentait la bouse de vache. Là, comme on insiste, il s'apprête à nous péter la gueule !

On a fait marcher Christophe Perrot-Minot en lui disant que son Chambolle Combe d'Orveau sentait la bouse de vache. Là, comme on insiste, il s'apprête à nous péter la gueule !

2013, un millésime pour ceux qui ne sont pas intolérants à l'acidité

Gloabalement ce millésime 2013 se tient et revient de loin. Mais il faut aimer l'acidité propre à ces vins de climat septentrional. La maturité était juste en 2013, donc les vignerons ont du travailler sur l'élégance, en se méfiant de l'acidité trop marquée et des tanins parfois un peu secs. Il fallait y aller doucement sur l'extraction, sauf à vouloir retrouver dans les vin la verdeur des pépins. L'avantage des vignerons bourguignons est qu'ils ont du savoir-faire et désormais les moyens de s'équiper du matériel nécessaire. Mais l'égalité absolue, fantasme français, n'existe pas : il reste encore les très bons, les bons... et les moins bons. 

Après, reste la question de la consommation de ces vins. Spontanément on peut penser qu'ils seront de consommation rapide, mais il ne faut pas sous-estimer le rôle de l'acidité dans la conservation du vin. Des millésimes mal jugés comme 1972 ont prouvé que, quand les vins étaient réussis au départ, une acidité marquée pouvait les emmener loin et leur donner un potentiel de garde qu'on ne leur suspectait pas au départ. Comme souvent dans le monde du vin, on serait tenté de vous dire que la règle c'est qu'il n'y a pas de règle. On en reparle dans 15 ans.

La Bourgogne on l'aime à n'importe quel prix

On pourrait aussi vous parler des prix, qui connaissent de fortes tensions à cause d'une succession de récoltes faibles en volume et d'une demande mondiale croissante, mais on est tous au courant. On espère seulement que les volumes normaux de 2014 (sauf pour les grêlés) permettront une légère détente et que 2015 sera généreuse. On serait peiné de faire partie de ceux qui doivent renoncer aux vins de la Côte d'Or car ils sont devenus trop chers. On a tellement de plaisir à s'y rendre et à voir ces vignerons qui, malgré le succès commercial et la demande mondiale, ont souvent su rester simples et garder leurs valeurs. Les portes s'ouvrent peut-être moins facilement qu'avant, car le monde entier toque à la porte. Et les enjeux financiers importants ont rendu les vignerons plus sérieux, mais le bourguignon reste accueillant, et parfois même débonnaire.

Finalement, quand on goûte tant d'excellents vins par une belle journée de fin d'hiver on se dit que la vie est belle. Et la fin de journée ensoleillée fut une bonne occasion de se promener dans les Amoureuses voisines, le fameux premier cru de Chambolle. La promenade y est charmante, et beaucoup moins chère que la bouteille.

Le très bucolique réservoir de Vougeot. A défaut d'y trouver une amoureuse on y a trouvé les Amoureuses juste au-dessus.

Le très bucolique réservoir de Vougeot. A défaut d'y trouver une amoureuse on y a trouvé les Amoureuses juste au-dessus.

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Commenter cet article

Pierre 02/07/2015 15:23

Bonjour, qu'est ce que je donnerai pas pour faire partie de ces personnes là ! Déguster d'aussi bons vins. En tout cas, merci pour cet article, j'ai pu découvrir de nouveaux vignerons.

Week-end oenologique Bourgogne 05/05/2015 13:49

Merci pour ces belles découvertes. Des vignerons passionnés qui, malgré des périodes capricieuses, réussissent par leur travail à faire des vins de qualité.
Pour rebondir sur le précédent commentaire : nous sommes une agence de voyages spécialisée et nous proposons des séjours oenologiques à nos clients, parfois au sein de grandes maisons mais le plus souvent chez des petits vignerons qui accueillent nos clients eux-mêmes et dans leur propre maison. C'est aussi cela qui fait le charme de la Bourgogne, que l'on retrouve peu ou pas du tout dans les autres régions viticoles. A Bordeaux, en Champagne, en Alsace, dans le Languedoc...la plupart des domaines viticoles ont un accueil spécialisé avec une personne dédiée à l'oenotourisme. C'est en ce sens que la Bourgogne est particulière, pour le dépaysement qu'elle offre à ses visiteurs...alors n'hésitez pas, cela vaut le détour !

Kerplouz 23/03/2015 11:52

Question profane, le bourguignon est-il également débonnaire avec le péquin moyen ? Je prépare un séjour en Italie et au retour je me verrai bien passer leur présentation mes hommages...
Quid des visites et dégustation ? Faut il réserver et payer pour être pris en main par un stagiaire ou on peut encore vraiment rencontrer les artisans ?
M

LeCoureurdeVin 24/03/2015 15:09

Le bourguignon peut se montrer très accueillant avec tout le monde mais n'a pas toujours quelque chose à vendre. Contrairement aux régions viticoles où les domaines sont grands, on a souvent l'occasion de rencontrer là-bas quelqu'un de la famille voire le chef d'exploitation. C'est pas trop l'ambiance winerie américaine : 20 dollars, 3 vins, hôtesse stagiaire. Mais entre les petits domaines familiaux, très nombreux, et des structures plus grandes comme les maisons de négoce de Beaune ou Nuits, le choix est large. Le mieux est de s'y prendre à l'avance et d'envoyer un mail explicitant votre demande. Vous serez évidemment plus facilement reçu dans les domaines peu exposés médiatiquement que chez les vignerons très réputés et donc très sollicités. Ne jamais oublier que leur métier premier c'est faire du vin.