750 grammes
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Publié par LeCoureurdeVin

Mi-juin, l'Association des Grands Crus Classés de Saint-Emilion présentait ses millésimes 2010 et 2011 à l'Espace Wagram à Paris. L'occasion de se réconcilier avec ce millésime 2011, d'apprécier les différences avec 2010 et de goûter au passage quelques 2005.

Bel espace années 30 où on jouait au billard dans ce qui était le Cercle Wagram il y a quelques année

Bel espace années 30 où on jouait au billard dans ce qui était le Cercle Wagram il y a quelques année

Le premier mérite de cette dégustation est de nous permettre de goûter des 2011 dans de meilleures conditions que lors de la dégustation de l'UGCB en février. Non pas que l'organisation ait été mauvaise ce jour là, loin de là, mais on en était ressorti très mitigé avant de réaliser que l'amertume souvent ressentie en fin de bouche était plus due à une grippe mal soignée qu'aux vins eux-mêmes. Mea-culpa donc, et joie de pouvoir regoûter des 2011, même si ça n'est cette fois que sur Saint-Emilion.

Une grande majorité des 58 membres de l'Association des Grands Crus Classés est présente, mais les premiers grands crus classés A et B ne sont pas là. Les vignobles Silvio Denz sont représentés par leur sympathique directeur commercial, Antoine Michel, qui présente CHATEAU FAUGERES et CHATEAU PEBY FAUGERES. Le premier nous permet de constater que 2011 est un millésime plus léger, plus charmeur. La bouche du Chateau Faugères 2011 est souple et veloutée et peut s'apprécier maintenant. Le 2010 est évidemment beaucoup plus dense et le bois plus présent. Là, il faut clairement attendre. Peby Faugères s'avère être une sorte de quintessence d'un 100% merlot très démonstratif. C'est très riche, très rond, très large, on en prend plein la bouche. Une vraie bête à concours qui se suffit à elle-même.

 

Belle bouteille signée Lalique pour le Château Peby Faugères

Belle bouteille signée Lalique pour le Château Peby Faugères

On passe ensuite voir sa voisine, la volubile Caroline Decoster, parée d'une jolie robe vert d'eau, qui représente le CHATEAU FLEUR CARDINALE dont la réputation ne cesse de monter. Là aussi on constate la différence bien marquée entre les deux millésimes. Même si le nez du 2011 est assez serré, en bouche il se montre délicat au touché et plaisant. Le 2010 est beaucoup plus strict, avec des tanins plus fermes et des arômes poivrés. Il est très clair que les 2010 devront être attendus un moment avant de pouvoir être appréciés.

 

Thibaut Decoster parle volontiers de ses vins et de son expérience de vigneron

Thibaut Decoster parle volontiers de ses vins et de son expérience de vigneron

Un peu plus loin on discute longuement avec Thibaut Decoster, dont Caroline est la cousine par alliance, qui présente son CLOS DES JACOBINS et le CHATEAU DE LA COMMANDERIE. Même s'il a grandi à Limoges dans une famille d'industriels, Thibaut explique qu'il a toujours eu un attachement à la terre, notamment grâce à un oncle éleveur de bovins. Après des études de commerce, il travaille comme ouvrir agricole au château de Fieuzal avant de prendre la tête des Châteaux achetés par son père Bernard en 2004. S'il gère lui-même les deux exploitations, c'est l'incontournable Hubert de Bouärd qui en est l'oenologue conseil. On ne s'attarde pas sur la Commanderie qui est un vin bien fait mais simple, qui manque de présence en bouche à notre goût. Le Clos des Jacobins présente plus de structure, dans les 2 millésimes. Le nez est particulièrement expressif, tandis que la bouche s'avère ferme, avec un côté très terrien pour le 2010.

 

La charmante Marie Loustalan est l'infatigable représentante de Grand Corbin-Despagne

La charmante Marie Loustalan est l'infatigable représentante de Grand Corbin-Despagne

Si certaines propriétés nous laissent sur notre faim, on n'est jamais déçu par GRAND CORBIN-DESPAGNE, domaine très bien géré par François Despagne et qui est généralement d'un excellent rapport qualité-prix. Si on a un faible pour leur étiquette et leur collerette, qui marient le bleu et le rouge chers au Coureur de Vin, les vins sont de grande qualité et les prix restent sages. Le 2011 est plaisant sans éblouir. La bouche est un peu chaude. Comme ses homologues du même millésime, le 2010 est beaucoup plus dense et ferme et devra être attendu. C'est le 2009, goûté par ailleurs, qui est notre favori et on vous le recommande chaudement. On goûte en vitesse Grand Corbin, propriété voisine et stand voisin, qui nous convainc nettement moins.

On notera que le rose est LA couleur à la mode à Saint-Emilion. Pensez-y cet été !

On notera que le rose est LA couleur à la mode à Saint-Emilion. Pensez-y cet été !

Une dégustation est organisée dans une salle attenante afin de goûter quelques 2005. Alain Moueix, de Chateau Fonroque, qui préside l'Association des Grands Crus Classés, en profite pour nous faire quelques piqures de rappel sur l'appellation Saint-Emilion qui, avec 5300 hectares, présente évidemment des différences géologiques marquées. On goûte les vins en fonction de ces différences de terroir, sur le grand millésime 2005 qui peut être encore attendu et se montre à ce stade moins charmeur que le 2009 par exemple.

Ballet de verres et de bouteilles devant une représentante d'une propriété du Médoc

Ballet de verres et de bouteilles devant une représentante d'une propriété du Médoc

Les châteaux RIPEAU et LARMANDE représentent les terroirs argilo-sableux ou silicieux. Au nez les arômes dominants sont le cassis et le réglisse. En bouche Ripeau est plus ferme, dans un style assez démonstratif, alors que Larmande, moins charnu, se montre plus élégant, plus séducteur. C'est le CHATEAU LA SERRE qui représente le plateau calcaire qui donne généralement de la frâcheur aux vins. On le ressent avec un côté mentholé au nez. Le vin est caressant avec une belle tension. Même si l'analogie avec la sculpture de Giacometti "L'homme qui marche" utilisée par Alain Moueix nous semble un brin pompeuse (sans doute une trouvaille d'un conseiller en communication), il y a cette idée de vin élancé, en mouvement. DESTIEUX et FONROQUE représentent les coteaux argilo-calcaire qui donnent des vins plus larges. C'est particulièrement frappant avec Destieux, très charnu en milieu de bouche. Mais les deux vins sont encore trop boisés à ce stade et leur finale un peu raide. Il faut attendre. On conclut sur LA TOUR FIGEAC, un vin de sols argilo-graveleux qui donne des vins typés Pomerol. On le constate bien avec ce vin plus large que long, très charnu en bouche.

 

Les 2005 alignés comme à la parade

Les 2005 alignés comme à la parade

On conclura en vous disant d'attendre encore un peu les 2005 et d'attendre beaucoup les 2010. En revanche les 2011 peuvent se consommer plus rapidement et se montrent souvent plaisants à défaut d'être très structurés. Le seul regret est que le 2011 est un millésime qui est souvent sorti un peu cher après l'engouement pour les 2009 et les 2010. Il faut donc privilégier les propriétés qui ont bien travaillé et ont été raisonnables sur les prix. Il y en a, donc pas la peine de bouder le bordelais, et encore moins les Grands Crus de Saint-Emilion. Malgré le feuilleton à rebondissement du classement, on y fait des vins d'un très bon niveau qui allient terroir et savoir-faire.

Et quand c'est fini on emporte une ou deux bouteilles pour faire plaisir à ses clients et amis

Et quand c'est fini on emporte une ou deux bouteilles pour faire plaisir à ses clients et amis

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