750 grammes
Tous nos blogs cuisine Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par LeCoureurdeVin

Pas facile qu’on on n’habite pas la Côte d’Azur de rendre visite aux moines de l’Abbaye de Lérins, sur l'île Saint Honorat, au large de Cannes. Heureusement ils sont venus à nous le lundi 7 avril. Rencontre.

On avait déjà entendu parler de cette Abbaye de Lérins dont les vins commencent à se faire une jolie réputation. Tous les ans ils ont un parrain et c’est Philippe Faure-Brac pour 2012, façon de fêter à la fois les 20 ans de son titre de Meilleurs Sommelier du Monde et les 20 ans de la reprise en main du vignoble de l’Abbaye.​

Le haut de Frère Marie Pâques

Le haut de Frère Marie Pâques

C’est Frère Marie Pâques, monté exceptionnellement à Paris, qui présente les vins avec Samuel Bouton, le commercial de l’abbaye, au Bistrot du Sommelier. Frère Marie Pâques est vêtu de façon traditionnelle, en chasuble et sandales, mais son discours est très managériale.

Il n’oublie pas de nous rappeler qu’il est ambassadeur de la fraternité et du vivre ensemble, mais on sent que son grand dessein depuis 20 ans c’est de redynamiser cette abbaye qui existe depuis le Vème Siècle. Car si Dieu fait des miracles, ça n’est pas lui qui, au jour le jour, retape la toiture ou paie l’électricité. Il a donc fallu adapter l’Abbaye de Lérins à l'économie moderne. Ca s’est fait par le tourisme... et par le vin.

Frère Marie Pâques en entier sur la couverture de son livre

Frère Marie Pâques en entier sur la couverture de son livre

Si on peut s’y rendre facilement l’été en touriste (ou toute l’année en pèlerin), c’est à travers son vin qu’on peut éprouver Lérins sans se déplacer. L’Abbaye produit sept cuvées, toutes d’excellente qualité. On retrouve des cépages typiquement sudistes comme la Clairette (75% dans la cuvée Saint Pierre) et le viognier (cuvée Saint Cyprien) en blanc. Autant le premier est capiteux et gras, avec une belle amertume en bouche, autant le second parvient à être très minéral et évite parfaitement le côté parfois lourd du viognier méridionale.

C'est Philippe Faure-Brac qui a rédigé les contre-étiquettes du millésime 2012

C'est Philippe Faure-Brac qui a rédigé les contre-étiquettes du millésime 2012

En rouge on retrouve également les cépages typiques du sud. Saint Honorat, du nom du premier frère sur l’île, est un syrah simple, typique, assez fine, même si l’élevage se fait encore sentir. Saint Sauveur est également une cuvée de syrah mais les vignes sont plus anciennes. Le vin est plus complexe, parvenant à la fois à être puissant et fin, donc bien équilibré. Enfin Saint Lambert est une cuvée de mourvèdre qui offre toute la force de ce cépage, mais ici très bien domestiqué, avec des tanins fins qui tempèrent la puissance sans l’étouffer. Très beau travail. Un modèle.

Mais si ces vins sont d’excellente qualité, on sent que ce qui fait vibrer notre délégation de l'Abbaye de Lérins ce sont les deux cuvées qui ont été créées il y a 20 ans en hommage au moines cisterciens de Bourgogne. Les frères se sont lancés le défi de cultiver du Chardonnay et du Pinot Noir sur leur petite île de méditerranée. Le Saint Césaire, du nom d’un évêque en Bourgogne, est typique d’un chardonnay de climat chaud. C'est évidemment très bien fait. Le nez est riche et la bouche très ronde. Ca reste frais, mais de justesse. On aime, sans être béat.

Il faut descendre avec Samuel Bouton dans l'antre de Faure-Brac pour atteindre le Saint des saints

Il faut descendre avec Samuel Bouton dans l'antre de Faure-Brac pour atteindre le Saint des saints

C’est surtout le Saint Salonius qui étonne. On sait que le pinot noir se plait en Bourgogne, mais on craint une version un peu trop riche sous ces latitudes méridionales. C’est là où les Frères de Lérins étonnent par la qualité de leur travail. 

Prosternez vous devant Saint Salonius

Prosternez vous devant Saint Salonius

Evidemment ils n’ont pas planté leur pinot n’importe où, prenant bien en compte les sols, les haies, les embruns. Et ils parviennent au final à faire une cuvée très mûre. Elle est  évidemment plus riche qu’un classique pinot de Bourgogne, mais ils évitent le côté confit ou confituré. Le vin danse sur la crête qui sépare le très mûr du trop mûr et se révèle étonnamment complexe. Au-delà du tour de force, c’est très bon. Et évidemment très cher (190 Euros), vu le travail que ça demande.

Une tâche de Saint Salonius pour laquelle les moines se tuent à la tâche

Une tâche de Saint Salonius pour laquelle les moines se tuent à la tâche

A défaut de pouvoir goûter cette rareté, ne passez pas à côté des autres cuvées que les moines vendent directement en ligne (à partir de 25 euros) et qu'on trouve également à Paris chez Lavinia (et sur table au Bistrot du Sommelier). Les vieilles syrahs de Saint Sauveur nous semblent offrir un bel exemple du travail pointu de l'Abbaye à un prix encore raisonnable (42 Euros).

Et surtout n’hésitez pas à leur rendre visite. Frère Marie Pâques, s’il a du temps, sera ravi de vous parler management et spiritualité, autour d’un verre de vin, évidemment.

En sortant de notre antre, on n'a pas la beauté de la mer mais au moins celle du ciel

En sortant de notre antre, on n'a pas la beauté de la mer mais au moins celle du ciel

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article