750 grammes
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Publié par LeCoureurdeVin

Le Mardi 1er avril l’Agence Force 4 organisait à Paris une dégustation des vins de Condrieu et de Côte-Rôtie, deux belles appellations du Rhône Septentrional, et les premiers amours du Coureur de Vin. L’occasion d’aller traîner du côté de la Place de la Concorde pour passer voir ceux qu’on connaît et découvrir ceux qu’on ne connaît pas. En courant, comme toujours.

On commence avec François Villard, un vigneron bien connu de Saint-Michel-sur-Rhône (juste au sud de Condrieu même) qui produit 4 cuvées de Condrieu. Ses 2012 se goûtent très bien et il considère que c’est son plus beau millésime sur l’appellation. Si Les Terrasse du Pallat se montre généreux et gras, les vins suivants sont plus fins. Le Grand Vallon, un assemblage de 12 parcelles sur Saint-Pierre-de-Bœuf (au sud de l’appellation) fait preuve d’un beau toucher tandis que De Poncin, 3 parcelles sur Saint-Michel, se montre très fin. Le très rare Villa Pontciana, 5 barriques seulement, goûté sur 2011, au nez grillé, parvient à être encore plus fin et d’une précision chirurgicale. Une belle gamme.

François Villard et Coralie Houarner (pas Bros) en pleine action dans la bibliothèque de l'Automobile Club de France

François Villard et Coralie Houarner (pas Bros) en pleine action dans la bibliothèque de l'Automobile Club de France

Yves Cuilleron, vigneron incontournable de Chavanay, est également de la partie. Il possède désormais près de 60 hectares et il n’est pas rare de croiser une de ses bouteilles. Ses entrées de gamme sont très simples et permettent d’appréhender Condrieu et Côte-Rôtie à moindre frais. Contrairement à Villard, ses Condrieu sont assez riches et Vertige, le plus concentré, comblera les amateurs de Condrieu opulents. En Côte-Rôtie on retient évidemment ses Terres Sombres, de vieilles vignes de Côte Brune au touché très délicat.

On passe également voir Pierre Gaillard, représenté par sa fille, autre vigneron emblématique du coin. On découvre sa cuvée de Condrieu lancée en 2011, Esprit de Blonde, à partir de vignes sur des terroirs de Gneiss. Le vin est sur la retenue. On sent une belle matière qui s’accompagne d’un touché de bouche caressant. Prometteur. Et côté Brune il produit une cuvée de Côte-Rôtie sur des schistes, la Rose Pourpre, à la bouche ferme mais aux tanins fins. Très belle longueur.

Le Modèle Suisse c'est sans doute passionant, mais c'est surtout les vins de Pierre Gaillard qui nous intéressent

Le Modèle Suisse c'est sans doute passionant, mais c'est surtout les vins de Pierre Gaillard qui nous intéressent

Le Domaine Georges Vernay est représenté par la fille aînée de Christine Vernay et Paul Amsellem. Si physiquement elle ressemble à sa mère, elle tient assurément sa volubilité de son père. Les Condrieu du domaine sont particulièrement réputés (et pas donnés). Le fameux Coteau de Vernon 2012 tient parfaitement son rang. A la fois riche et minéral, il est surtout très long en bouche. Le domaine présente aussi deux Côte-Rôtie d’excellente tenue. Blonde du Seigneur est une quasi évidence et permettra de se faire plaisir rapidement. Maison Rouge, qui vient de s’agrandir de 2 hectares, est une cuvée très dense qui gagnera à être attendue.

Une photo nette de la volubile Emma Amsellem est une denrée rare : elle est trop rapide pour notre obturateur !

Une photo nette de la volubile Emma Amsellem est une denrée rare : elle est trop rapide pour notre obturateur !

Si le sympathique Stéphane Ogier n’a malheureusement pas fait le déplacement, on se console avec joie avec son camarade Stéphane Montez du Domaine du Monteillet qui préfère le foot au rugby. Si sa Cuvée du Papy, un Saint-Joseph, est un de nos « all time favorite », il présente là une large gamme de Condrieu et de Côte-Rôtie. Les premiers sont assez riches tandis que les Côte-Rôtie s’expriment dans des registres différents. La Fortis 2011 est souple avec un touché délicat tandis que la très construite Les Grandes Places 2010 est toute en muscles tendus. On se régale de son Condrieu Candice dont il ne fait que 3 barriques, un mélange de pourritures nobles et de raisins passerillés. C’est très gourmand mais avec une belle tension.

Le vigneron fait des bouteilles de vin avec ses mains. On a ici un exemplaire des deux.

Le vigneron fait des bouteilles de vin avec ses mains. On a ici un exemplaire des deux.

Peu de temps pour faire des découvertes si ce n’est le très discret Domaine Niero qui exploite 2 hectares en Côte-Rôtie et 4 hectares en Condrieu situés sur la commune même de Condrieu. Ces derniers sont très fins et minéraux, avec des bouches tout en tension. Ca n’est pas là que vous trouvez le côté parfois un peu lourd et capiteux du viognier. Les cuvées haut de gamme Chéry et Héritage sont très belles et présentent à la fois complexité et longueur. Les tarifs domaines sont très attractifs.

 

Des dégustateurs pros et attentifs comme le sommelier du Market à Paris

Des dégustateurs pros et attentifs comme le sommelier du Market à Paris

La dégustation est suivie d’un dîner qui nous permet de faire la connaissance de François Merlin, ancien ouvrier agricole qui exploite un petit domaine qu’il a construit lui-même. Comme Yves Gangloff, il est un des derniers vignerons à s’être installé au début des années 90 en rachetant des vignes avant que les prix ne se mettent à flamber. C’est avec beaucoup de spontanéité qu’il nous fait goûter quelques vieux millésimes de bonne tenue.

De l’autre côté de la table, Monika Sarton du Jonchay représente son mari qui est l’œnologue de Vidal-Fleury. Cette grosse maison de négoce appartient à Guigal et produit pas loin d’un million de bouteilles par an dont 40% partent aux USA. David et Goliath à la même table. La Chatillone 2009, cuvée réalisée à partir de vignes qui appartienent en propre à Vidal-Fleury, défend très bien l'honneur de la maison.

En Cote-Rotie et en Condrieu, comme ailleurs, petites exploitations familiales et géants du vin se côtoient. Si dans d'autres régions ça donne parfois des antagonismes explosifs, il est manifeste que dans ce coin du Rhône règne une ambiance assez sympathique. On sent que les vignerons sont conscients du patrimoine collectif qu’ils partagent et qu’ils travaillent bien ensemble. Et globalement les vins sont de très bonne tenue. Les prix montent, évidemment, mais ne connaissent pas encore l’inflation stratosphérique d’autres régions. On peut encore se payer des Condrieu et des Côtes-Roties de qualité sans être Crésus (mais sans être Cosette non plus). Il ne faut pas hésiter à en profiter. Donc profitez-en !

François Merlin se perd dans la flou de la nuit à la Table du Baltimore

François Merlin se perd dans la flou de la nuit à la Table du Baltimore

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Doumé 17/11/2015 23:49

Les vins du Rhône-Nord sont des vins on ne peut plus "terriens". C'est ici avec le renouveau de la Loire que vous trouverez les vins qui caractérisent le plus les vignerons attachés au respect des terroirs. Non cités ici, ne passez pas à coté de la gamme de Corine et JP Jamet, Pierre Bénetière, Alain Graillot, Domaine Clape, Thierry Allemand, du domaine du Coulet, du domaine Rouvière et bien d'autres encore, vous m'en direz des nouvelles ... Ce sont tous des artistes à leur façon!!! Vous allez me répondre qu'ils ne sont pas souvent disponibles. Certes, mais allez d'abord à la rencontre de leurs vins et puis qui sais-t-on un jour? Leur job est d'essayer de produire le meilleur de ce que leur donne la nature et y arrivent pas si mal; ils ne consacrent certes pas bcp de temps au commerce mais leur arrive de se déplacer pour présenter leurs vins, présenter leur gamme chez un caviste, faire une "master-class" parfois et là faites-leur confiance. Dernière en date au salon de juin au Palais Brogniard : Domaine Gerin et Jamet avec un triptyque mythique pour moi en Côte-Rotie : 1991;2001;2011 ... Pour l'histoire. En septembre dernier ai ouvert un Côte-Rotie Jamet 2000 secoué après 600km dans une voiture de sport (hais l'autoroute) avec la bénédiction d'un restaurateur du Chablais qui ne m'a pas fait payer de droit de bouchon (merci), sur le papier pas un "grand millésime" mais que c'était bon avec bcp de naturel. Peu de vin s'en serait sorti si bien en étalant toute son âme (oui, il en a bien une...). Bonnes dégustations à toutes et tous.