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Publié par LeCoureurdeVin

Le jeudi 14 novembre, le syndicat des vignerons de Gevrey-Chambertin organisait sa dégustation annuelle pour présenter le millésime 2012. A l'espace Chambertin, au coeur de Gevrey, à l'abri d'une cave voutée, c'est plus d'une centaine de vins, villages, 1er Crus et Grands Crus, qui étaient présentés aux professionnels.

Le tunnel de Babel où tous les hommes parlent le langage du vin

Le tunnel de Babel où tous les hommes parlent le langage du vin

Si au Coureur de Vin on s'est fait une spécialité de gambader entre Nuits-Saint-Georges et Chambolle-Musigny, on connait moins les cousins des villages voisins du nord, Morey-Saint-Denis et Gevrey-Chambertin. Ce dernier est pourtant un village important de la Côte de Nuits. En terme de taille puisqu'avec ses 3000 habitants Gevrey est une étape très vivante entre Dijon et Nuits Saint-Georges. Et en terme de vin, évidemment, car avec ses 500 hectares en production (partagés avec Brochon) et ses 9 Grands Crus, dont le fameux Chambertin, Gevrey est incontournable.

Depuis 3 ans le village ne présente plus ses vins "en primeurs" en mars suivant l'année de la récolte, comme le veut la tradition, mais en novembre. Ainsi les vins ont eu le temps de faire leur fermentation malolactique en barrique et de s'arrondir. Le syndicat estime qu'ils sont ainsi plus fidèles à ce qu'ils seront une fois parvenus à maturité en bouteille.


Un peu comme à Nuits-Saint-Georges, les vins de Gevrey ont plutôt fait leur réputation sur la puissance. Ils sont généralement charpentés et solides. Des gaillards costauds, un peu comme certains vignerons du cru. Mais les vins de Gevrey, comme les hommes de ce début de XXIème, ont changé. Ils sont devenus plus doux, plus délicats, plus féminins. Tout en restant virils.

En terme de terroir, une des spécifités de Gevrey-Chambertin est la Combe de Lavaux qui a formé un cône de déjection qui prolonge l'appelation village vers l'est, au-delà de la route nationale qui marque normalement la frontière entre l'appellation qui porte le nom du village et l'appellation régionale Bourgogne. On trouve donc dans la plaine des sols bruns calciques (calcaire) au lieu des classiques sols bruns hydromorphes (argile).

Jérôme Galleyrand (au milieu) et Fabienne Ballorin (à droite) à l'accueil

Jérôme Galleyrand (au milieu) et Fabienne Ballorin (à droite) à l'accueil

C'est Fabienne Ballorin qui organise cette dégustation des 2012 pour le Syndicat de Gevrey. Mais c'est Jérôme Galleyrand qui nous accueille. L'occasion de faire la connaissance de ce vigneron atypique car pas issu du cru. Il travaillait dans la distribution de fromage en Bretagne quand sa société l'a envoyé en Bourgogne. Coup de coeur ! Il y a trouvé une femme et un nouveau métier : vigneron. Installé depuis 2002 il exploite environ 5 hectares. On en a profité pour goûter deux de ses cuvées, très différentes. Son village En Croisette Vieilles Vignes est plutôt riche et tannique tandis que La Justice se montre fin et encore timide à ce stade.

Les 125 bouteilles de la dégustation sont alignées comme à la parade. Chacune est vêtue de son petit uniforme réglementaire, étiquette et capsule, et l'ordre de présentation respecte la hiérarchie : tous les villages, puis les premiers crus et enfin les Grands Crus. Impossible de tout goûter, évidemment ! On s'en remet aux noms que l'on connait et, pour ceux qu'on ne connait pas, au feeling du moment. On se montre scrupuleux à panacher les deux.

Je suis dans le vrai à Gevrey

Les tendances qui se dégagent.

La première c'est que 2012 nous semble être un très bon millésime à Gevrey. La Côte de Nuits a beaucoup moins souffert que la Côte de Beaune en 2012. Si les rendements y sont assez faibles, la Côte de Nuits a quasiment évité la grêle, toujours dévastatrice pour le vignoble et pour les vins. La faible récolte, qui a nécessité un tri important, garantie une certaine concentration.

Ca sera donc un beau millésime mais en quantité limité. Et vous connaissez la formule magique "Petite récolte + explosion de la demande mondiale = grosse augmentation des prix". Ne vous attendez donc pas à faire des affaires une fois les vins en vente… et si vous n'êtes pas dissuadé par les prix (les Chinois, eux, s'en foutent) il faudra vite dégainer la CB car les meilleurs ne resterons pas longtemps dans les linéaires.

Un peu de pédagogie grâce à Sylvian Pitiot & Jean-Charles Servant

Un peu de pédagogie grâce à Sylvian Pitiot & Jean-Charles Servant

A ce stade, c'est évidemment les villages qui se goûtent le mieux. Moins taillés pour la grande garde que leurs aînés 1er Crus et Grands Crus, ils sont plus facile à goûter, même si le bois est encore souvent présent vu que l'élevage en barrique n'est pas terminé.

Ceux qui nous ont marqué sont le Gevrey de Philippe Charlopin, le parrain incontournable du village, personnage bien connu pour son casque de cheveux frisés et sa faconde enjôleuse. Le nez discret et subtil se double d'une bouche de cerise fraîche. Le domaine Heresztyn-Mazzini a produit un Clos au nez fin et à la bouche digeste, là aussi très plaisant dès maintenant. Enfin Arnaud Mortet, jeune "rising star" du village, fait honneur au nom de son père (le domaine s'appelle Denis Mortet) en présentant une belle gamme de vins. François Mauss, dont on suit avidement le blog, ne s'y est d'ailleurs pas trompé en faisant d'Arnaud un de ses chouchous. Son village au nez léger est fluide et équilibré. Une évidence !

Derrière le Roi Chambertin, le grand chambellan Charlopin n'est pas loin...

Derrière le Roi Chambertin, le grand chambellan Charlopin n'est pas loin...

Dans les 1er Crus, on goute le Lavaux-Saint-Jacques d'Arnaud Mortet, au nez tout en puissance contenue tandis que la bouche présente une belle matière dense aux tannins ronds même si la fin de bouche sèche encore un peu. Les Champeaux nous semblent plus souple, avec une bouche plus gourmande. Incontestablement de très beaux vins.

On goûte aussi avec plaisir les vins de Bruno Clair, fils de Bernard, célèbre famille de Marsannay dont les vins sont réputés à raison. Le Clos du Fonteny est délicatement boisé et s'avère suave tandis que le Clos-Saint-Jacques a des arômes de petits fruits rouges très frais.

Un autre Fonteny, celui du discret et confidentiel domaine Sérafin, est dans un registre beaucoup plus dense. Le nez est encore fermé et le boisé apparent mais on sent que le jus en a sous le pied. Le Clos-Saint-Jacques de Sylvie Esmonin confirme le style puissant du domaine, même si le vin semble ici mieux supporter son élevage musclé que le village.

Fonteny, un 1er Cru situé dans le prolongement du Grand Cru Ruchottes

Fonteny, un 1er Cru situé dans le prolongement du Grand Cru Ruchottes

Les Grands Crus s'avèrent plus difficiles à goûter. Même si on pressent les futurs grands vins, ils se cachent encore pour le moment derrière une musculature très saillante. Les Charmes et Mazis de Charlopin sont eux étonnamment souples compte-tenu de la réputation du vigneron de faire des vins virils. Mais le style du domaine s'est infléchi ces dernières années pour aller vers beaucoup de délicatesse. Peut-être Cécile Tremblay, excellent vigneronne du cru, pleine de promesses, et dont Michel Bettane est déjà archi-fan, n'y est-elle pas pour rien !? Son Chapelle-Chambertin à elle se goûte déjà très bien et il nous tarde de devoir l'attendre dix ans.

On citera également les Charmes et Mazoyères de Christophe Perrot-Minot qui, lui aussi, est revenu d'un style extrait et boisé pour faire des vins beaucoup plus équilibrés depuis 2007. Le boisé est encore présent à ce stade mais ces deux vins promettent des réjouissances assurées dans les années 2020. On retient également les vins de Pierre Damoy. Le bonhomme nous avait fait une impression mitigée il y a quelques années à Paris, mais il possède de très beaux terroirs, notamment en Clos de Bèze, et sait assurément vinifier.

Bouteilles à la parade et goûteurs attentifs

Bouteilles à la parade et goûteurs attentifs

On sort de là épuisé, sans véritablement faire honneur aux quelques Côtés Rôties des vignerons d'Ampuis invités ce soir là. On aura vu les Cuilleron, Gérin et autres Gangloff chasser en meute toute la soirée, manifestement ravis d'être là, choyés par Philippe Charlopin et le critique Michel Bettane. Il est d'ailleurs très intéressant d'être plongé dans ce tunnel de Babel d'acheteurs internationaux et de critiques français. Le monde du vin concentré sous quelques mètres carré de caves voutées.

La Côte-Rôtie en plein effort : Philippe Charlopin, Jean-Michel Gérin, Yves Cuilleron, Yves Gangloff, François Villard et Michel Bettane dégustent en meute

La Côte-Rôtie en plein effort : Philippe Charlopin, Jean-Michel Gérin, Yves Cuilleron, Yves Gangloff, François Villard et Michel Bettane dégustent en meute

On retient de cette dégustation que les "stars" de l'appelation tiennent leur rang. Même si les déceptions furent rares, on n'aura pas non plus fait de découverte choc. Il est vrai qu'on est loin d'avoir tout goûté, un tiers de l'offre proposée. On a en tous cas le sentiment que le millésime 2012 tient bien la route, même s'il ne fut pas le plus évident dans les vignes. Il ira plus loin que son prédécesseur, le 2011.

Des dégustateurs sérieux ou de sérieux dégustateurs ?

Des dégustateurs sérieux ou de sérieux dégustateurs ?

Reste la question des prix, qui va se poser chez les cavistes de Paris et d'ailleurs dans quelques mois. C'est le quatrième millésime qui augmente de suite, ce qui finit par peser lourd quand on regarde les prix des 2008. Il faut croire que les clients chinois qui achètent n'importe quoi à n'importe quel prix cachent la grogne du buveur français qui ne va pas tarder à foutre son poing sur la gueule de son caviste. Et comme l'a montré la vente des Hospices de Beaune juste après cette dégustation, l'augmentation n'est pas prête de s'arrêter avec 2013. Il y a bien un moment où ça va coincer, quelle que soit la qualité.

Et si les prix continuent à augmenter, le consommateur français pourrait finir par coiffer son bonnet rouge pour aller démonter les portiques vinotaxes de Bourgogne...

Malgré les augmentations de prix, les asiatiques continuent à rire aux éclats… Jusqu'à quand ?

Malgré les augmentations de prix, les asiatiques continuent à rire aux éclats… Jusqu'à quand ?

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